Les Chantiers éducatifs

« C’est donc bien autour de l’emploi que continue à se jouer une part essentielle du destin social de la grande majorité de la population »

Robert Castel (2003)*

 

Préalable,

Fin des années 1970, les équipes de travailleurs sociaux sont confrontées au problème de l’emploi des jeunes.

Le chômage se densifie, et les comportements  des jeunes en situation d’emploi sont souvent inadaptés. Notamment ceux suivis par les équipes d’éducateurs de rue.

L’arrêté du 4 juillet 1972 et sa circulaire d’application autorisent les associations de prévention spécialisées à organiser des réponses spécifiques.

L’organisation de formes de travail adaptées est possible, soit sous la forme d’ateliers, soit sous la forme de coopératives.

Cette activité se développant, les associations ont sollicité l’état et ont obtenu un cadrage qui lui a assuré une visibilité dans un premier temps et une intégration dans le champ de l’insertion par l’économique.

Dans son histoire, Arrimages a pu organiser des chantiers éducatifs.

En recrutant un éducateur « encadrant technique » en 2013, nous avons pu développer une activité « à notre image ».

Une activité qui permette de s’adapter à la problématique des jeunes en insertion et aux invariants et exigences du travail. « Être prêt, être à l’heure, entendre une consigne, apprendre une technique, se conformer à l’exigence de la commande, la réaliser ».

1/ Des principes de fonctionnement

Les chantiers éducatifs s’inscrivent dans une démarche globale de prévention et se situent en amont des dispositifs d’insertion par l’activité économique. Nous pouvons parler de pré insertion.

Ils sont axés sur la modification des comportements et sur la réduction des risques de marginalisation.

C’est une mise au travail réel dont les objectifs sont éducatifs avant tout :

  • Mesurer les motivations des jeunes,
  • Adapter leurs comportements à un cadre de travail,
  • Créer les conditions de leur socialisation,
  • Guider les premiers pas dans le monde du travail,
  • Favoriser les apprentissages de gestes techniques liés aux métiers du second œuvre du bâtiment.

Ils ont leur place dans le parcours d’insertion des jeunes en grande difficulté, au travers d’actions collectives favorisant le développement des responsabilités et des liens sociaux.

C’est une modalité de travail  qui permet de vérifier comment le jeune se positionne vis à vis de son projet d’insertion, s’il « tient », pour le mobiliser sur du moyen  ou du  long terme.

Il s’agit aussi d’accompagner les jeunes adultes sur la compréhension des mécanismes qui ont générés leur mise en marge du monde du travail.

De proposer une prise en charge temporaire pour une durée limitée dans le temps, sur une semaine (soit 5 jours), pour un nombre de 6 jeunes maximums, en Ile de France ou en province. D’organiser le relais entre les acteurs de ce projet : l’équipe éducative et le référent technique, les jeunes suivis par les équipes, les missions locales de secteur, C 2 DI 93, la Caisse primaire d’assurance maladie, …

Cette démarche peut se répéter pour donner une inscription dans un temps plus long.

Les chantiers forment une transition dans le parcours d’insertion des jeunes.

C’est une dynamique de travail qui fonctionne par étapes. Elle permet, à partir du travail de repérage des équipes éducatives (durant lequel les jeunes peuvent exprimer leurs besoins de travail) de construire une approche des réalités inhérentes au monde du salariat (relations, procédures, documents administratifs,).

2/ Les objectifs visés

Les chantiers éducatifs forment un ensemble d’actions pour : favoriser l’exploration d’un métier, un champ professionnel, « la découverte, l’orientation, la confirmation d’un choix d’une activité professionnelle ».

Ils offrent un temps durant lequel les jeunes peuvent expérimenter leur rapport au travail.

Les jeunes doivent s’approprier cette démarche, et concrétiser leur adhésion par une démarche assez volontaire.

En effet, s’inscrire dans un chantier, n’est pas de tout repos.

Ils permettent aux jeunes de se resituer dans un ensemble d’institutions concernées par les problématiques de jeunesse (formation, emploi, santé, accès aux droits).

Ils offrent une respiration durant laquelle, ils peuvent éprouver un autre rapport à l’autre, centré autour du travail en équipe.

3/ Le profil des bénéficiaires

Les chantiers sont destinés à des jeunes de 16 à 25 ans (filles ou garçons) déscolarisés, sans formation ni ressources, ayant ou non un projet professionnel, en marge de toute demande (ou de tout dispositif) d’insertion, résidant dans les quartiers prioritaires retenus par l’Etat. Ceux sur lesquels nos équipes interviennent.

Il faut dire ici que les jeunes bénéficiaires peuvent être nombreux, sachant que les équipes avec lesquelles nous travaillons œuvrent dans les quartiers prioritaires des zones ciblées par les différentes politiques de la ville.

Les actions mises en place (notamment des actions collectives) visent à réinscrire les jeunes tant dans les circuits d’échanges économiques, que dans les circuits de relations et de solidarité sociale.

Elles favorisent l’adaptation du comportement du jeune sur le plan individuel, familial mais aussi vis-à-vis de la société locale.

4/ Le positionnement des bénéficiaires

Concernant les modalités de travail, l’organisation de relations régulières entre les jeunes suivis (minimum de 3 mois) et les équipes éducatives permet de mesurer les motivations (déterminer les critères objectifs suivant lesquels on estime que les jeunes sont prêts).

En effet, les présences sociales de proximité, autrement dit le « travail de rue » permettent de créer une relation.

Au fur et à mesure qu’elle s’étaye, cette action de rue permet d’aller vers des propositions concrètes qui rebondissent sur les aspirations des jeunes à « aller mieux, s’en sortir ».

La vérification des pièces administratives de base (CNI, Titre de séjour, inscription sécurité sociale,) est très importante.

Le droit français admettant des réserves pour les personnes n’ayant pas réalisé les démarches pour régulariser leur situation administrative.

Cela peut constituer un frein pour la mise au travail et dans une large mesure la construction du projet d’insertion.

Suivant cette première étape, les équipes accompagnent les jeunes au Bilan de santé (étape incontournable) à Bobigny ou à Clichy sous bois.

Il s’agit de vérifier que les personnes sont prêtes à suivre un travail de chantier d’une semaine.

Il s’agit aussi de relier les participants à une logique de suivi médical régulier de leur santé.

Les équipes formalisent le cadre du chantier en balisant des rencontres avec l’encadrant technique.

Il s’agit à ce niveau d’éclaircir les attendus de réalisation et de poser les contraintes de travail engendrées par un travail de force.

A cette étape, il est précisé la nature du travail à engager, les étapes de réalisation, les impacts sur la vie personnelle des jeunes et les engagements à prendre pour la vie quotidienne du groupe le long de la semaine.

Les équipes accompagnent ensuite les jeunes sur un rendez-vous avec une association intermédiaire pour la signature du contrat de travail.

L’insertion des jeunes passant par la rémunération du travail, les heures déclarées sur le chantier font l’objet d’une rémunération au SMIC horaire, sur la base de 35 heures maximum par semaines engagées.

Ce temps comprenant la mise au travail, et un bilan de fin de chantier avec les équipes éducative et le chef de chantier. La plupart du temps, le commanditaire organise la réception du chantier avec le groupe de travail.

5/ L’articulation avec l’organisation des équipes

Les chantiers éducatifs sont des activités de production de services. Essentiellement dans le secteur du second œuvre du bâtiment. Elles sont encadrées par un éducateur technique et un éducateur de rue, référent du groupe. Le chef de servie s’assure de la coordination du dispositif.

La prestation est facturée au client, les jeunes sont rémunérés sur la base du smic horaire.

Il s’agit aussi de décompter le temps de travail avec l’encadrant technique, la rémunération étant la contrepartie du travail réel effectué.

Par contre, nous ne salarions pas directement les jeunes utilisateurs de ce service, ils le sont à travers une association d’insertion par l’activité économique partenaire.

Cela permet d’inscrire les personnes dans une démarche dynamique de recherche d’emploi, car celle-ci peut proposer aussi des missions de courtes durées et s’inscrit dans un réseau de partenaires centrés sur  l’emploi des jeunes.

Post chantiers, les relais sont effectués avec les acteurs de l’emploi et de l’insertion pour valoriser cette expérience et permettre aux personnes concernées de trouver leur place dans notre société.

BILAN CHIFFRE 2014

Sur l’ensemble de l’année 2014, près de 63 jeunes ont pu travailler avec les équipes d’Arrimages.

14 chantiers d’une durée d’une semaine ont été pilotés directement par notre encadrant technique, en Ile de France. Pour des bailleurs sociaux essentiellement (Paris, Montrouge, Malakoff, Noisy-le-Sec, Sevran, Tremblay, Montfermeil).

Cela représentant 1485,5 heures de travail rémunéré

Et plus de 1400 heures de bénévolat dans le cadre de dispositifs portés par nos partenaires

BILAN CHIFFRE 2015

En 2015, 90 jeunes ont pu travailler avec les équipes d’Arrimages.

22 chantiers d’une durée moyenne d’une semaine (un chantier de 3 jours, plusieurs chantiers à la quinzaine, un chantier de 5 semaines) ont été pilotés directement par notre encadrant technique, en Ile de France (Paris, Aubervilliers, Saint Denis, Sevran Montfermeil, Gagny).

Portés par nos partenaires, essentiellement des bailleurs sociaux ou des associations locales.

Cela représente 168 jours d’intervention, pour un peu plus de 2930 heures.

Cette année, nous ne comptons plus les heures de bénévolat. Notre partenaire « Communauté d’agglomération Terre de France » a mis fin au dispositif 1000 permis citoyens.

Cela nous permettait de positionner des jeunes sur des initiatives locales de type évènementielles.

 

* Robert Castel « L’insécurité sociale, qu’est ce qu’être protégé ? »La république des idées, Paris / Seuil 2003.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publicités